02 décembre 2009

32 noms

Ma liste est longue de même. Elle prend presque les deux côtés d'une feuille de cartable où je n'ai même pas écrit à double interligne. Nenon. À simple interligne s'il vous plait. Pis pas en grosses lettres comme Filou écrirait. Meuh non! En toutes petites lettres parce que sinon je manquerais de place.

Dessus, il y a plein de noms. Pour être exacte, j'en compte 32. Pis depuis que la liste est débutée, je stresse à l'idée d'oublier quelqu'un. Pis à tout bout de champ, j'en rajoute un. Donc, 33 noms sont inscrits sur ma liste de cadeaux de Noël (j'avais oublié le camelot).

Oui, oui vous avez bien lu. Oui, oui 33 personnes à qui je veux offrir un petit quelque chose pour Noël. Non, 34 personnes (j'avais oublié le brigadier qui fait traverser mes filles chaque matin avec une patience d'ange et un sourire de plomb).

Pour moi, Noël, c'est le moment de prendre le temps de remercier tout ceux qui gravitent dans mon entourage pour les moments passés ensemble, pour l'aide apportée, pour l'écoute donnée ou tout simplement parce qu'ils sont là. Là quand c'est le temps.

Donc, 34 personnes, c'est aussi 34 idées à trouver. Pis très peu pour moi l'idée de débarquer au secrétariat du Carrefour de l'Estrie et de demander 34 chèques-cadeaux destinés à l'achat de marchandises dans ses 180 magasins et boutiques.

Non. Moi j'aime chercher. J'aime trouver LE truc qui jettera pas terre la personne à qui est destiné le cadeau. Qui lui sciera les deux jambes. 

Alors, pas question de me mettre en quête du cadeau parfait le 23 décembre, vous comprendrez.

Pas question non plus de réhypothéquer la maison, de vendre la voiture et d'aller bosser de nuit dans une usine pour boucler le budget du mois de décembre.

Mon astuce? Je me sers de ma tête… et de mes mains.

Tout simplement.

C'est ridicule comme c'est niaiseux. Faut juste du temps.

Je ne suis pas gênée de vous dire que chaque année, plusieurs prient le petit Jésus afin de trouver sous le sapin une boîte de sucre à la crème à la Caramilk, une spécialité dont moi seule ai le secret. D'autres espèrent déballer mon confit d'oignon érable-balsamique qui fait des malheurs sous un St-Paulin. Pis j'ai même entendu dire que mon caramel maison manque cruellement à l'épouse du patron qui ferait des bassesses pour que le père Noël lui en laisse un pot dans la nuit du 24 décembre.

Ah zut! 35 noms maintenant. J'avais oublié Marie-Christine, ma collègue de travail.

Mais je ne m'attèle pas qu'au-dessus d'un chaudron de sucre pour rendre mon monde heureux. Parce qu'il n'y a pas qu'en gavant parents, amis et enseignantes des poulettes qu'il est possible de faire plaisir.

Je me rappelle d'une fois où j'avais passé un après-midi entier à la bibliothèque municipale à retracer et à photocopier toutes les chroniques que Daniel Pinard avait écrites dans Le Devoir de la dernière année. Le tout s'était retrouvé entre deux cartons bleus reliés. Coût de l'opération? 1,49 $. Appréciation du receveur du recueil? Il jubilait. Totalement.

J'ai fait des photos du gros bedon d'Élise l'an dernier. Coût de l'opération? 1 $ pour le cd sur lequel les photos ont été gravées. J'ai déjà passé des soirées à faire une super compilation de musique pour ma sœur. Coût de l'opération? 1 $ pour le cd. Mon autre sœur a déjà reçu une photo de Vincent Vallières que j'avais prise lors d'un de ses shows et que je lui ai fait autographier lors d'une entrevue pour le journal. Coût de l'opération? 1,19 $: 1 $ pour le cadre au Dollarama et 0,19 $ pour l'impression de la photo.

Pas question de me ruiner. Pas question de passer des heures au Future Shop et au Toys'R'us pour gâter les miens. De l'imagination et du temps. C'est tout ce que ça prend.

36 noms. J'avais oublié l'amoureux.

24 novembre 2009

À chacun ses réussites!

Je n'aime pas tellement jouer à des jeux de société ou de table. Je sais, je suis plate de même. Bah… peut-être une ou deux fois par année, je joue une game de Monopoly, mais à part ça, ça m'emmerde. Je me mélange dans tous ces règlements compliqués, pis je trouve ça looooong.

Si vous ne trouvez pas ça long, c'est que vous n'avez jamais joué au Rummy avec mon beau-frère. Quand c'est son tour, j'ai le temps d'aller faire une brassée de foncé, de couper des légumes pour une sauce à spagh et de piquer un petit roupillon sur le divan. Alors une partie complète peut facilement durer des heures avec lui.

J'aime les jeux rapides où la vivacité d'esprit est récompensée. J'aime l'adrénaline qui monte dans mon système. J'aime entendre mon cœur battre à tout rompre. J'aime avoir peur de manquer de temps.

Quand j'ai envie de me taper un Scrabble, je me rends sur le site internet du Scrabble Club (www.isc.ro/fr) et je m'offre un sprint où chaque joueur a cinq minutes max pour placer toutes ses lettres. Pas le temps de se décrotter le nez, je vous jure. Pas pour moi donc, les parties de deux jours et demi où chaque joueur prend une éternité pour écrire un mot de quatre points.

Mais je fais tout de même une entorse à un jeu qui ne se joue pas rapidement. C'est un truc auquel nous jouons chaque réveillon de Noël. Il n'y a rien à gagner. Pis il n'y a pas de perdant. Tous peuvent jouer, ceux hauts comme trois pommes, comme ceux qui reçoivent une rente de retraite.

Facile à jouer, il n'a presque pas de règlements à retenir. On ne demande que d'être honnête. Pis d'être capable de fouiller dans sa mémoire. De revenir en arrière d'un calendrier complet.

La beauté de la chose, c'est que même si mon beau-frère prend huit heures à son tour, ce n'est pas ennuyant. Au contraire! On s'amuse, on jase, on questionne, mais surtout on écoute avec une attention que tous les profs de la province souhaiteraient avoir dans leur classe.

À tour de rôle, tous les participants doivent nous dire quelle est leur plus belle réussite de la dernière année. Et en quoi cette supposée réussite en est une. Parce qu'il faut défendre notre idée. Convaincre l'auditoire. Tenter par tous les moyens possibles de persuader les autres que notre réussite en est une digne de ce nom.

Depuis quelques semaines déjà que je pense à mon affaire. Que je consulte mon agenda des derniers mois. Que je fais le point sur mon dernier calendrier de vie. Quelle est cette réussite que j'ai accomplie dans l'année 2009 qui jettera le jury à terre? Avec laquelle je pourrai me péter les bretelles allégrement.

Je sais, vous pensez tout de suite à la petite fraise qui vient de signer un bail dans mon utérus. Oui, c'est une belle réussite. Oui, je suis contente. Oui, c'est quelque chose, mais reste que c'est facile à réaliser tout de même: quelques travaux pratiques, de la patience et le tour est joué. Même si c'est une belle nouvelle, pense pas séduire mon auditoire avec cette histoire malheureusement.

Non, je pense plutôt à mes héritières. À leurs sourires estampés en permanence dans leur visage. À ces très nombreux rires qui fusent dans la maison. À ces histoires qu'elles se racontent en secret de leur maman. À ces regards complices qu'elles se lancent quand elles préparent un mauvais coup. À ces encouragements qu'elles s'envoient quand l'une ou l'autre en arrache. À ces câlins qu'elles se font juste comme ça.

Je repense à tout ça et je me dis qu'elle est là ma plus belle réussite.

Et vous, quelle est-elle cette réussite 2009?

16 novembre 2009

Je ne passerai jamais au travers

Je rends les armes.

Je déclare forfait.

Je n'y arriverai pas. C'est certain. C'est écrit dans le ciel gros comme ça.

Je lève mon drapeau blanc devant elle.

Elle est là, tout juste au coin de la rue (pis elle n'est pas très longue ma rue!), qui me regarde et me nargue.

Je ne passerai jamais au travers.

C'est clair. Limpide. Évident.

Quand Max hurle à l'injustice parce que je lui demande de ramasser sa chambre et que je me dis que ce n'est qu'une toute petite parcelle de ce qui m'attend de l'adolescence, je panique.

Comment ferai-je pour passer au travers cette foutue adolescence?

Comment ferai-je pour naviguer au travers ses sautes d'humeur? Comment ferai-je pour ne pas lui arracher la tête quand elle me parlera comme si j'étais la dernière des trous de pet? Comment ferai-je pour ne pas pleurer quand elle arrivera à la maison avec un piercing sur la langue pis un code barre tatoué dans le cou?

Comment ferai-je pour ne pas sombrer dans l'ennui quand ça fera six jours qu'elle dormira chez des amies et qu'elle ne se souviendra que très peu de l'endroit où elle reçoit son courrier?

Comment ferai-je pour ne pas tomber dans la nostalgie du temps où les câlins, les mots d'amour, les belles discussions, la bonne humeur étaient disponibles à profusion?

Comment ferai-je pour ne pas péter un câble quand ça fera quatre heures en ligne qu'elle parle au téléphone et douze jours consécutifs qu'elle chat sur MSN?

Comment réussirai-je à dormir quand je la saurai partie faire la fête chez des copains?

Comment vais-je réussir à ne pas mourir d'une attaque de stress intense quand je la verrai quitter la maison au volant de ma bagnole?

Comment négocierai-je avec tous ces soupirs, toutes ces crises, toutes ces frustrations qui habiteront notre maison entre ses 13 et 17 ans?

Comment serai-je capable de ne pas l'enfermer à double tour dans sa chambre afin qu'aucun garçon ne l'approche?

Comment ferai-je pour garder mon calme quand le directeur de l'école m'appellera pour m'annoncer que ma grande ne s'est pas présentée en classe ce jour-là?

Est-ce qu'adolescence rime nécessairement avec frustration et stress, panique chez les parents?

Les couches, les nuits blanches, les purées, le terrible two, c'est la petite bière.

* * *

Elle grandit ma poulette. Elle grandit à la vitesse grand V. Pis ça me fait peur.

Vendredi soir. L'amoureux a un souper avec des collègues. Filou est partie à une fête d'amies. «Cool Max, nous sommes que toutes les deux. As-tu envie qu'on se commande une pizz et qu'on loue un film?» lui ai-je demandé m'imaginant déjà collée sur ma grande sur le divan à nous gaver de pop corn et à rire devant Les confessions d'une accro du shopping.

«Ah! non Maman. C'est trop poche de ne rien faire un vendredi soir. Je veux aller chez une amie.»

«Euh… c'est poche passer une soirée avec ta mère?»

Elle ne m'écoutait déjà plus. Ma préado avait déjà sauté sur le téléphone pour ébaucher des plans «tellement plus intéressants» avec Aurélie.

Pis elle est partie. Avec son grand sourire et pas une once de remord d'avoir refusé ma proposition «full poche».

Et moi, j'étais dans le cadre de la porte, complètement traumatisée. «Déjà?» me suis-je dit. L'adolescence cogne déjà à ma porte?

Je n'ai eu qu'une envie: me sauver en courant.

10 novembre 2009

Entre toilette et Ramens

Si vous en aviez le temps, mais surtout l'envie, je pourrais vous décrire en long et en large l'allure de ma toilette du rez-de-chaussée. Je serais un peu moins bonne pour vous parler de celle du haut de la maison, tout simplement parce que je n'ai jamais le temps de m'y rendre.

C'est que depuis quelques jours, un drôle de virus m'est tombé dessus qui fait en sorte que, plus souvent qu'autrement, je me retrouve à quatre pattes à jaser avec ma nouvelle meilleure amie en céramique blanche.

Et puis, toute la journée, je me promène avec ma boîte de biscuits soda et mon 7-Up flat, remplie d'espoir que ces deux remèdes maison m'aident à réussir à passer au travers les multiples besognes incluses dans ma description de tâches de mère de famille, mais aussi de journaliste.

Parce que tout est pénible dans la vie quand un haut le cœur vient à tout moment frapper dans notre gorgoton. Dans ces moments, on n'a pas envie de préparer des lunchs quatre étoiles à nos rejetons, de repasser à l'équerre les chemises de l'amoureux ou de dénicher le scoop qui nous vaudra le prochain Pulitzer.

Non, tout ce qu'on veut, c'est notre mère qui nous tient les cheveux et qui nous flatte le dos : «Lâche pas ma puce, ça va passer», alors qu'on a l'impression que nos entrailles finiront sous peu dans ce grand bol blanc. Mais bon, à 33 ans, ma mère a d'autres chats à fouetter que de venir m'encourager dans mes nausées matinales.

Et que dire de l'amoureux qui me regarde avec un sourire Crest alors que la moindre senteur un peu trop ci, ou un peu trop ça qui me parvient au nez suffit à me donner rendez-vous en tête-à-tête dans la salle de bain?

On repassera pour la sollicitude familiale.

Heureusement qu'il y a les poulettes qui, elles, n'aiment pas beaucoup voir leur mère dans ce piteux état et qui en prennent soin. D'ailleurs, hier soir, et ce n'est pas pour me vanter là, mais ma grande s'est chargé de faire le souper. Un beau bol de nouilles Ramens juste pour moi. Cuisiné avec tout l'amour du monde (heureusement qu'il y avait de l'amour dedans parce que lorsque les éléments nutritifs sont passés dans le coin, les Ramens étaient déjà partis), ce souper était parfait pour mon estomac qui ne tolère rien d'autre de toutes façons.

Alors hier, j'ai passé ma soirée à chercher des remèdes maisons sur le net. J'ai googlé «nausées ET grossesse» et j'ai trouvé une multitude de trucs intéressants pour rendre mes matins plus sympathiques. Vous saviez vous que le gingembre fait des miracles dans ces cas-là?

Je pense que j'avais oublié de vous dire la nouvelle. Je suis enceinte. Dix ans plus tard, je reprends du service et j'ai offert mon utérus en location à un petit colimaçon pour quelques mois.

Près d'une décennie après avoir dit : «Plus jamais!». Après avoir tout vendu mon stock de bébé. Après avoir repris un rythme de vie plus normal (vous savez, les six réveils par nuit? Les purées? Les couches?). Après près d'une dizaine de calendriers, je me rembarque dans les quatre pipis nocturnes, les brûlements d'estomac, les pieds enflés et tous les «petits» bonus qui viennent avec la grossesse.

Fini les grasses matinées. Les films que l'on écoute tranquille sans entendre pleurer. Les enfants qui se gardent quand on doit aller à l'épicerie. Ceux à qui on n'a pas besoin d'enfiler d'habit de neige l'hiver. Ceux qui nous permettent de souper en paix. Fini.

Bonjour levers à 5 h du matin avec un bébé qui veut commencer sa journée. Bonjour fins de journées passées à brasser un bébé aux prises avec des solides coliques. Bonjour moments de tête-à-tête avec le blender à faire de bonnes purées de carottes.

Mais vous savez quoi? Je m'en fous de tout ça. Je porte la vie et ça, ça bat tous les désagréments. Même les désagréables nausées.

03 novembre 2009

La roulette russe

Je suis une fan finie de Lance et compte.

Je me rappelle que lorsque j'avais huit ou neuf ans, je collectionnais tout ce que je pouvais trouver où l'on pouvait voir mon beau Marc Gagnon dessus. Je me souviens que je talonnais ma mère pour qu'on aille chez Ultramar où l'on donnait, en échange d'un plein d'essence, des magazines qui mettaient en vedette le #7 du National de Québec.

Je m'imaginais un mariage romantique et plein de fleurs où je lui disais oui pour la vie. Je me voyais avec plein d'enfants sur les genoux, assise au Colisée en train de l'encourager après son truc du chapeau. Je rêvais de me noyer dans la mer bleue de ses yeux.

Toujours est-il que mon amour pour Marc Gagnon, né il y a plus de 20 ans,  fait en sorte que chaque lundi soir, j'arrête de vivre pour regarder ces fameux yeux bleus qui m'ont tant fait rêver plus petite. J'entends déjà l'amoureux chialer : «Mais c'est tellement mal écrit! Les dialogues, c'est n'importe quoi!»

Peut-être, mais je m'en fous carrément. Je m'amuse comme une petite fille de huit ans. Pis lundi soir, en regardant Marc Gagnon faire une injection à Suzie, je me suis rappelée de la machiavélique Valérie Nantel.

Vous savez, celle qui avait causé la perte de Danny Bouchard? Après l'avoir conquis sexuellement, la troublante prof d'université et grande statisticienne l'invite à jouer à un jeu dangereux : la roulette russe.

On prend un fusil. On ne met qu'une seule balle dans le barillet et on le fait tourner. On installe l'arme sur sa tempe et là on appui sur la détente. Une seule petite chance sur six que la balle meurtrière se retrouve dans notre cerveau. Une toute petite chance. Une infime chance. 16,6% des chances en fait.

«Puis, tu verras, tu vivras le trill de ta vie. Tu ne te sentiras jamais autant en vie que lorsque tu auras échappé à cette balle», lui disait-elle.

Danny Bouchard appuie donc sur la détente. Bang. La balle était là. Fini. Plus rien à faire, malgré les regrets. Malgré les remords. Il a joué à la roulette russe. Il a perdu à la roulette russe.

Les statistiques ne sont pas toujours un jeu de hasard comme à la 6/49. Les statistiques ne sont pas toujours que de simples chiffres alignés dans un tableau. Parfois, les statistiques veulent dire quelque chose. Vraiment.

* * *

Un vendredi soir normal comme il y en a 51 autres par année. Où Léo, trois ans, court partout. Où il échappe son verre de lait par terre. Où il rigole avec ses deux grands frères. Où il se fait gronder par sa mère parce qu'il met de l'eau par terre alors qu'il tente d'échapper à de vilains requins dans son bain haut de trois pouces d'eau.

Un simple vendredi soir où les trois frères écoutent les Bagnoles pour la 154e fois cette semaine-là avant d'aller au lit. Où maman Édith s'aperçoit que le front du petit Léo est beaucoup plus chaud que les 37,5 degrés qu'est supposé indiquer un thermomètre. Où le petit bonhomme de trois ans tombe tout à coup très amorphe.

«Viens mon poulet. Maman va te donner du Tempra. Ça ira mieux rapidement.»

Malheureusement, ça n'a pas été le cas. Tout a dégénéré rapidement. Trop rapidement. Moins de trois heures plus tard, le petit Léo ne parvenait plus à respirer normalement. Où était le petit Léo qui courrait à grandes enjambées autour de la table au souper?

Le 911 est composé. L'ambulance est dans la cour. Le petit Léo est intubé. Et tout ce que maman Édith entend, c'est l'ambulancier qui dit au médecin de l'urgence: «Je suis en train de le perdre! Je suis en train de le perdre!»

Le petit Léo n'est pas parti au paradis des enfants. Heureusement. Tout est rentré dans l'ordre.

Il a gagné au jeu de la roulette russe de la H1N1.

Mais comment savoir si nous serons LA personne qui décèdera de cette foutue grippe?

Pas envie de jouer à la roulette russe. Pis surtout pas avec mes filles. Nous serons vaccinées point final.

Je laisse ces jeux aux cinglés à la sauce Valérie Nantel.

 

27 octobre 2009

À chacun nos rituels

Max a skippé l'école aujourd'hui. Elle s'est levé les yeux rougis et gros comme ça. Ma grande a un air de chien battu. Son nez coule pis elle tousse (dans son coude, sa mère lui a appris les règles d'hygiène en période pandémique). «Pis je n'ai pas dormi de la nuit maman.»

Alors, sa vieille mère a appelé à l'école pour excuser son absence (ce n'est pas tout à fait vrai. C'est la secrétaire qui m'a téléphoné pour savoir où Maxim était. Vous me connaissez, j'ai oublié d'appeler l'école.)

Je lui ai sorti la bouteille de Tylenol enfants. Lui ai écrit sur un papier qui est collé sur le frigo les heures où elle doit prendre sa dose. Lui ai sorti une soupe maïs-épinard du congélo pour son diner. «Tu n'auras qu'à la mettre au micro-ondes deux ou trois minutes. Ça va te faire du bien, tu verras.».

L'ai aussi rappelé qu'elle devait boire beaucoup d'eau et faire un dodo d'après-midi. «Maman aura son cellulaire sur elle toute la journée. N'hésite pas à me téléphoner s'il y a quelque chose. Repose-toi bien ma puce», lui ai-je dit en le faisant le plus beau câlin du monde avant de quitter pour le boulot.

Même si dans les apparences, ma poulette semble combattre un vilain virus, je sais bien que ni rhume, ni infection. ni H1N1 ne tentent de mettre son système immunitaire à terre.

Ma puce combat tout autre chose. Un truc qu'aucun vaccin, qu'aucun remède ou formule magique ne peut enrayer.

Maxim a de la peine. Elle est triste. Elle réalise que la vie est éphémère. Trop courte.

Aujourd'hui, à sa manière, elle célèbre le premier anniversaire du décès de son père. Elle revit heure après heure, cette journée folle du 28 octobre 2008 qui lui a enlevé trop rapidement son papa.

Je me doutais bien qu'elle trouverait n'importe quoi pour ne pas aller à l'école. Ça fait longtemps qu'elle a cette idée de prendre congé de français et de maths pour commémorer ce premier calendrier passé sans l'homme le plus important de sa vie.

Au départ, je désapprouvais l'idée. Je voyais là seulement un stratagème pour rater l'école et peut-être échapper à l'exam d'anglais prévu ce jour-là. «Pas question Max! Je sais que c'est très triste, mais tu dois aller à l'école. C'est ton boulot comme le mien est d'écrire dans le journal. Papa n'aimerait pas savoir que tu utilises sa mort pour te sauver de la géométrie pis des dictées», lui ai-je dit sur un ton sans appel.

Les jours ont passé. Puis les semaines. Je réfléchissais à une façon de vivre ce premier 28 octobre sans Ian dans nos vies. Je ne trouvais rien. Rien. Rien.

Cette réflexion sans réponse m'a amené sur la place que l'on donne aux rituels dans notre vie très années 2000. Me suis rendue compte que nous en avions plus. Plus de messes le dimanche matin. Plus de baptêmes. Plus de mariages. Plus de funérailles. Plus de messes anniversaires. On ne célèbre plus l'arrivée des nouveau-nés dans ce monde. On ne célèbre plus le départ des plus vieux vers un autre monde. Rien. Rien. Rien.

Et c'est là, devant ma grande au cœur brisé que j'ai compris à quoi servent tous ces rituels qui m'ont paru maintes fois inutiles, inopportuns et emmerdants. C'est une façon de s'enraciner dans notre vie qui va toujours trop vite. De marquer le temps. De prendre le temps de réfléchir à la vie. À cette vie qui vient et qui part.

Alors, si pour Maxim, de prendre le temps de penser à son père, de pleurer sa perte, de faire le point sur sa vie sans lui, c'est de skipper une journée d'école, ben ce sera ça.

À chacun nos rituels.

22 octobre 2009

En quête de silence

Chut… chut…

Entendez-vous?

Entendez-vous ce silence?

Ce silence si souvent absent du tumulte quotidien. Ce silence trop souvent manquant à nos oreilles, à notre cerveau tellement sollicité. Ce silence tellement souhaité et si peu accessible. Pas de ronronnement de lave-vaisselle. Pas de tic tac d'horloge. Pas de sifflement d'échangeur d'air. Pas de Joël Le Bigot qui se chamaille avec Francine Grimaldi à la Première chaîne.

Pas de moteur de piscine qui gronde. Pas de congélo qui repart. Pas de téléphone qui sonne. Pas d'aspirants conseillers municipaux qui cognent à la porte. Pas de micro-ondes qui dégèle le poulet du souper.

Et surtout, pas de petites filles qui se chicanent un poste de télé. Pas de poulettes qui jacassent au téléphone. De puces qui hurlent à leur mère: «As-tu vu mes jeans mauuuuuuves?» Pasd'amoureux qui demande: «Chérie, qu'est-ce qu'on mange pour souper?» Personne au bout du fil qui me questionne: «Madame, est-ce qu'un tel peut compter sur votre appui le 1er novembre prochain?»

Rien de tout ça. Le silence. Rien d'autre.

La paix. La grosse paix sale.

Le rêve de toute mère débordée. Un souhait tout simple qui n'arrive que très peu souvent.

Et bien moi, pas pour me vanter, mais j'ai eu droit à toute une journée complète de silence samedi.

Oui, oui, toute la journée!

Et c'est sans remord aucun que j'ai mis la marmaille dehorsau petit matin. «Allez ouste! Amusez-vous bien avec Amélie! Ne m'appelez pas et revenez tard!»

J'ai fait la même chose avec l'amoureux. «Vite chéri, ton père t'attend. Prend ton temps là-bas; c'est tellement rare que vous pouvez passer du temps ensemble entre gars. Oui, oui, ça va aller. Je vais m'occuper. Oui, oui, s'il y a quelque chose je t'appelle. Don't call us, will you. Salue ton père pour moi. Oui, je suis certaine de ne pas vouloir venir.»

J'ai ensuite arraché le fil du téléphone de la prise. Mis le cellulaire hors d'usage. Fermé la télé. Positionné tous les fusibles de la boîte électrique à off.

Me suis assis sur le divan du salon et j'ai écouté.

En fait, je n'ai rien écouté, puisqu'il n'y avait rien à entendre.

Mais j'ai savouré ce moment. Un temps si rare quand on doit conjuguer son présent entre pratiques de piano, souper qui brûle (un détecteur de fumée, ça détruit un silence solide!), Une grenade avec ça? à la télé qui joue en arrière-plan mais que personne ne regarde, les Black Eyes Peas de Maxim que j'entends du sous-sol, Filou qui répète un quelconque solo de danse au deuxième et qui met à l'épreuve la solidité du plancher.

Rares moments. Pour ne pas dire inexistants.

Me voici donc au milieu d'une petite pause d'un brouhaha quotidien pour mes oreilles.

Bon, c'est bien beau à écrire dans un journal que j'ai savouré avec délice ces minutes de silence complet dans la maison, mais un moment donné, une fille se tanne. J'attrape l'ordi, l'ouvre et vois en fond d'écran une photo mes poulettes. Elles ont les yeux rieurs, les joues rouges, l'air taquin. Souvenir d'une sortie à la cabane à sucre de Lolo le printemps dernier.

Ça me donne envie de regarder les autres photos de cette journée sucrée. Je vois l'amoureux avec Filou sur les épaules et Max qui se cache de moi derrière lui. Leurs rires me reviennent en tête. Soudainement, cruellement,tout ce beau monde me manque.

C'est plate en sale une maison vide. Une maison trop silencieuse.

Une maison sans vie.



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